Depuis le 29 octobre 2024, les eaux de Stockholm accueillent une innovation qui pourrait bien redessiner l'avenir du transport maritime urbain. Le Candela P-12 Nova circule désormais entre les quartiers de la capitale suédoise, silencieux et rapide, porté par une technologie qui semblait relever de la science-fiction il y a encore quelques années. Ce ferry hydroptère électrique ne se contente pas de transporter des passagers : il incarne une véritable rupture dans la manière de concevoir la mobilité sur l'eau.
En bref
- Le ferry électrique Candela P-12 Nova assure désormais des liaisons rapides et silencieuses à Stockholm grâce à une technologie d'hydroptère innovante.
- Le système de foils du bateau, ajusté 100 fois par seconde par des capteurs électroniques, permet une navigation stable au-dessus des flots tout en limitant l'érosion des berges.
- Ce navire affiche des performances remarquables avec une vitesse de croisière de 25 nœuds et une autonomie de 50 milles marins.
- L'utilisation de cette technologie permet une réduction massive des coûts énergétiques et des émissions de carbone par rapport aux navires à essence traditionnels.
- Le succès de Candela repose sur la modernisation numérique des principes de portance hérités des pionniers de la voile comme Éric Tabarly et Alain Thébault.
- L'intégration du P-12 à Stockholm réduit de moitié le temps de trajet des passagers, démontrant la viabilité de cette solution pour la mobilité urbaine durable.
Le principe repose sur des hydrofoils, ces ailes immergées qui soulèvent la coque du bateau hors de l'eau dès que la vitesse augmente. Ce dispositif n'est pas totalement nouveau, mais Candela l'a réinventé grâce à l'électronique embarquée et à des capteurs qui ajustent la portance en temps réel. Le constructeur suédois s'inscrit d'ailleurs dans une longue tradition d'innovation nautique portée par des associations comme l'AFBE, l'Association Française pour le Bateau Electrique, fondée en 1994 à Bordeaux et basée aujourd'hui au Centre Convergence, 5 rue de Helder à Paris, dont la mission consiste justement à développer l'image et le marché du bateau électrique.
La technologie hydroptère au service de la mobilité maritime propre
Les foils : comment fonctionne cette révolution technique
Concrètement, le système de stabilisation du Candela P-12 ajuste la position des hydrofoils jusqu'à 100 fois par seconde, ce qui permet au bateau de garder une trajectoire stable même par mer agitée. Cette prouesse technique repose sur des capteurs embarqués qui mesurent en permanence l'inclinaison, la vitesse et les vagues environnantes. Le résultat est saisissant : une navigation d'une fluidité inédite, presque aérienne, où la coque semble littéralement voler au-dessus des flots. Le sillage généré est d'ailleurs réduit à moins de 15 centimètres à 25 nœuds, ce qui limite considérablement l'érosion des berges, un problème récurrent pour les villes traversées par des canaux ou des voies navigables.
Du lac Manapouri aux archipels de Stockholm : performances et vitesse
Les performances de ces navires impressionnent autant qu'elles rassurent sur leur viabilité commerciale. Le Nova affiche une vitesse de croisière de 25 nœuds et peut atteindre une pointe de 30 nœuds, ce qui en fait l'un des bateaux électriques les plus rapides au monde. Son autonomie dépasse également celle de la concurrence, avec 50 milles marins parcourus à 25 nœuds sans recharge. Loin de rester une curiosité suédoise, cette technologie a déjà traversé les océans : en Nouvelle-Zélande, un hydroptère Candela transporte le personnel d'une centrale hydroélectrique exploitée par Meridian Energy sur le lac Manapouri, permettant d'économiser près de 240 tonnes d'émissions de carbone chaque année, dans le cadre d'un objectif plus large visant à réduire de moitié les émissions de l'entreprise d'ici 2030.
Candela et ses pionniers : une vision transformée en réalité
Gustav Hasselskog et Gabriel Ekero : architectes d'une nouvelle ère maritime
Derrière cette réussite se cachent des figures déterminées à transformer un secteur resté longtemps figé sur des technologies héritées du siècle dernier. Le fondateur de Candela a construit son projet autour d'une conviction simple : le transport maritime pouvait, comme l'automobile, basculer vers l'électrique sans sacrifier ni la vitesse ni le confort. Cette vision a sédui des investisseurs bien au-delà de la Suède, puisque le constructeur a levé 30 millions d'euros pour financer le développement de ses bateaux électriques, une somme qui témoigne de la confiance grandissante des marchés dans cette filière encore jeune.

L'héritage d'Eric Tabarly et Alain Thébault dans la conception moderne
Il serait injuste d'ignorer les racines de cette révolution technique. Les travaux pionniers d'Eric Tabarly et d'Alain Thébault sur les foils, menés des décennies plus tôt dans le monde de la voile de compétition, ont posé les bases scientifiques que les ingénieurs de Candela ont su moderniser grâce au numérique. Cette filiation entre la course au large et l'ingénierie électrique contemporaine illustre bien comment des innovations nées dans un contexte sportif peuvent, avec le temps, irriguer des usages beaucoup plus larges et quotidiens.
Un transport maritime réinventé pour les villes côtières du 21e siècle
Réduction énergétique et silence : les bénéfices environnementaux concrets
Sur le plan environnemental, les chiffres parlent d'eux-mêmes. Le P-12 Nova fonctionne à 100% d'énergie renouvelable et consomme 80% d'énergie en moins qu'un navire conventionnel équivalent. Pour recharger ses batteries, il suffit d'un simple chargeur rapide de voiture pendant les pauses entre deux trajets, ce qui simplifie grandement l'exploitation quotidienne. Une comparaison chiffrée illustre bien l'écart : un trajet en hydroptère électrique coûte environ 8 euros en électricité pour 40 kWh consommés, contre 90 euros de carburant pour un bateau à essence équivalent parcourant la même distance, soit une économie de 90% sur les coûts énergétiques et de maintenance.
Le Candela C-8, version plus compacte, a lui aussi marqué l'histoire en réalisant le 30 mai 2025 une traversée inédite entre l'Europe et l'Afrique, reliant Sotogrande en Espagne à Ceuta sur 24 milles nautiques en un peu plus d'une heure, à une vitesse comparable à celle des ferries rapides traditionnels. Quelques mois plus tôt, un Candela avait également établi un record en parcourant presque 800 kilomètres en 24 heures, démontrant l'endurance de cette technologie sur de longues distances, tandis qu'un P-12 reliait Göteborg à Oslo sur 160 milles nautiques.
Connectivité urbaine et transport de véhicules : vers un réseau maritime intégré
À Stockholm, l'impact sur la vie quotidienne des habitants est déjà tangible : le trajet de 15 kilomètres qui nécessitait auparavant une heure de navigation se boucle désormais en 30 minutes, une réduction de moitié du temps de trajet qui change concrètement les habitudes de déplacement. Le navire, long de 12 mètres et large de 4,5 mètres, accueille jusqu'à 30 passagers assis dans un silence remarquable comparé aux moteurs diesel classiques.
Cette dynamique dépasse largement le cadre suédois. Candela a livré 11 ferries électriques à Mumbai en Inde, tandis que la Norvège a commandé 20 navires à hydrofoils électriques auprès de l'opérateur Boreal. Des projets sont également en cours de développement à Berlin, sur le lac Tahoe, en Arabie saoudite et en Nouvelle-Zélande, confirmant l'appétit mondial pour cette alternative silencieuse et sobre en carbone. Une collaboration avec Avangreen vise par ailleurs à construire une infrastructure maritime bas carbone capable d'accompagner cette croissance, laissant présager un réseau de transport maritime durable reliant demain de nombreuses villes côtières à travers le monde.

